L’hellébore fétide

Une aubaine pour les premiers pollinisateurs

 

Fleur de l’hiver par excellence, l’hellébore fétide fleurit dès le mois de janvier et se pare de généreuses corolles qui s’épanouiront jusqu’au mois d’avril. Une aubaine pour les pollinisateurs précoces qui à la faveur de quelques douces journées hivernales trouveront là nectar et pollen en abondance au moment où la majorité des plantes herbacées sont encore plongées dans leur dormance hivernale.

Carte d’identité

L’hellébore est une plante calcicole, mais qui tolère toutefois un peu d’acidité en situation bien exposée. Elle affectionne les milieux un peu rocailleux dans les sous-bois clairs et les lisières. Elle recherche les sites chauds et secs, bien exposés.

Les hellébores forment le plus souvent des colonies de quelques rosettes de feuilles sans fleurs, mais aussi des plants plus développés desquels les tiges florifères se repèrent de loin avec leurs robustes corolles jaune-vert . Les fleurs ne se développent que sur des plants agès d’au moins 4 ans. Ces clochettes pendantes sont composées de 5 sépales pétaloïdes à bord parfois bordé de pourpre. Cette forme de cloche avec des sépales très résistants constitue un abri intéressant et protecteur pour les insectes. Les pétales sont réduits chez l’hellébore et sont modifiés en tubes nectarifères également au nombre de 5. Le nectar, très riche en sucrose, est très recherché par les premiers pollinisateurs qui pointent le bout de leur nez lors des journées hivernales favorables.

Helleborus foetidus

Famille : Renonculaceae

Etymologie : Helleborus proviendrait du grec heleïn qui signifie faire mourir et bora nourriture, ce qui renvoie à la toxicité de la plante. Foetidus renvoie à l’odeur désagréable des feuilles de la plante, surtout quand on les froisse.

L’organisation des folioles des feuilles de l’hellébore est assez typique : étalés un peu comme les doigts d’une main mais chaque base de foliole porte le suivant (disposition en éventail). Cette organisation très rare dans la flore lui a valu le surnom populaire de pied-de-griffon (en référence à la forme de ses feuilles qui rappellerait la patte de cet animal légendaire).
Les hellébores forment le plus souvent des colonies de quelques rosettes de feuilles sans fleurs, mais aussi des plants plus développés desquels les tiges florifères se repèrent de loin avec leurs robustes corolles jaune-vert . Les fleurs ne se développent que sur des plants âgés d’au moins 4 ans. Ces clochettes pendantes sont composées de 5 sépales pétaloïdes à bord parfois bordé de pourpre. Cette forme de cloche avec des sépales très résistants constitue un abri intéressant et protecteur pour les insectes. Les pétales sont réduits chez l’hellébore et sont modifiés en tubes nectarifères également au nombre de 5. Le nectar, très riche en sucrose, est très recherché par les premiers pollinisateurs qui pointent le bout de leur nez lors des journées hivernales favorables.

La fleur d’hellébore est protogyne : le pistil est mature avant les étamines et est fécondable bien avant que les étamines de la même fleur ne libèrent leur pollen. La fleur ne peut alors être fécondée que par du pollen venant d’une autre hellébore. Cette phase femelle dure de six à quinze jours.

Un peu plus tard, les nombreuses étamines arrivent à maturité et libèrent leur pollen : la fleur entre dans sa phase dite mâle qui va durer environ deux semaines. Il existe cependant un certain chevauchement entre ces deux phases ce qui ouvre la porte à la possibilité d’une auto-pollinisation.

Les premiers visiteurs des fleurs sont plutôt des “visiteuses”: la période d’émergence des reines de bourdon terrestre survient parfois dès janvier-février et leur priorité vitale est de reconstituer leurs réserves de graisse fortement entamées par la longue période d’hibernation. Dès que la météo le permet, elles sortent et le nectar abondant produit par les hellébores est un attractant de choix pour ces reines qui devront bientôt reconstituer leur colonie. Dans leurs visites, les reines véhiculent des levures dont elles sont porteuses, d’une fleur à l’autre.

Au départ le nectar est stérile et le catabolisme du sucrose par ces levures va produire de la chaleur (+ 6°C). Le bouquet olfactif du nectar s’en trouvera transformé et sera moins riche en sucre. Les bourdons passent moins de temps dans chaque fleur, mais en pollinisent davantage ce qui est tout bénéfice pour la reproduction de la plante. La plante peut aussi être repérée depuis une plus grande distance grâce à une meilleure diffusion des molécules odorantes.

Lorsqu’elles ont le choix entre des fleurs à nectar stérile ou contaminé par les levures, les reines marquent une nette préférence pour le nectar stérile. Celui-ci est plus riche en sucrose, ressource nécessaire pour la reine qui doit assurer sa production d’oeufs.

Pour les ouvrières, leur préférence va systématiquement au nectar transformé par les levures. Malgré une moindre récompense nutritive et un coût énergétique plus élevé lié à l’activité intense de recherche de nourriture et de thermorégulation en période hivernale, les bourdons semblent y trouver leur compte en consommant une quantité plus importante de ce nectar transformé. L’ingestion des levures par les insectes pollinisateurs constitue également un supplément de vitamine B, de stérols et de minéraux, en plus d’un impact positif sur le microbiote intestinal et les défenses immunitaires.

On suppose également que le micro-climat plus « chaleureux » des corolles où l’activité catabolique des levures est intense constitue un bénéfice énergétique intéressant pour ces insectes.

Au niveau individuel, la présence de levures dans le nectar a donc un effet durable sur le comportement de recherche de nourriture des bourdons. L’impact sur les colonies entières reste encore à évaluer.

Source : Jacquemyn et al., Current Opinion in Insect Science 2021, 44 : 35-40

Cécile Libioulle

L’équipe des joyeux gestionnaires.

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